Point de mort, cette personne est encore en chair et en os aujourd'hui. Je peux me lancer dans un portrait dans l'intimité d'internet car je pense qu'elle ne lira jamais ceci.

Tata Irène vit toujours dans l'immeuble de mon enfance. Notre balcon et le sien étaient voisins, bien que les appartements étaient situés sur deux entrées distinctes de la résidence. Elle vit au treize, alors que nous vivions au quinze.

C'est une amie de longue date de mes parents. Quand mon père travaillait de nuit, ma maman et elle passaient la soirée chez l'une ou l'autre. Je suis née la Sainte Irène, et c'est le plus beau cadeau que ma maman aie pu lui faire selon ses dire.

Chez Tata Irène, j'avais le droit de TOUT faire. J'ouvrais les tiroirs, dénichais des trésors comme des cartes à jouer paillardes ou un vestige de dinette de sa fille. Dans la salle de bain, tout était rose, extrêmement féminin, avec une petite coiffeuse qui contenait du maquillage. J'adorais faire la vaisselle chez elle. Elle me sortait alors un vieux service avec un motif de pomme et je lavais, debout sur une chaise, des assiettes propres. Je me souviens de la dernière fois où j'ai fait la vaisselle comme cela ... Je devais avoir huit ou neuf ans, et sur la chaise, j'étais bien trop grande, ce n'était plus confortable.

Alors, par la suite, je jouais au solitaire ou lisais des bécassines allongée sur son tapis d'un moelleux incomparable. Je rêve de posséder un tapis comme cela. Mais avec Enki, ce n'est pas raisonnable.

C'était donc une femme qui vivait seule, sa fille était déjà mariée et partie du cocon. Et parfois, je lui posais la question "mais tu n'as pas de mari ?" et elle me répondait toujours la même chose "si, mais il y a longtemps, il est parti acheté des cigarettes et il n'est jamais rentré". Cette réponse, je l'ai gobée jusqu'à ma majorité. Au moins. Bien sûr passé un certain âge, je n'ai plus posé de question. Et un beau jour comme cela, j'ai demandé à ma mère ce qu'il en était réellement. Elle est en fait divorcée.

J'ai encore beaucoup de plaisir à la voir, malgré ses idées et opinions, à mon goût très farfelues. Elle adhère à une vision très particulière du féminisme dans laquelle toute jeune ou moins jeune femme doit savoir se tenir, savoir être belle, savoir parler. Indépendante et égale de l'homme, certes, mais glamour, c'est important. Rien ne la ravit plus que lorsque je porte une jupe car je ne suis pas assez féminine à son goût, donc chaque effort de ma part est largement encensé de compliments.

Quasiment à chaque fois que l'on s'est vue, dans mon enfance ou encore maintenant, elle a toujours un cadeau pour moi. Elle avait un don, pour trouver des trucs farfelus et originaux. Les belles choses inutiles, comme elle disait. Avec elle, il faut se faire plaisir et faire plaisir. L'argent doit être dépensé, il faut en profiter, cela ne sert à rien de l'entasser sur un compte en banque. Mon côté radin aussi l'agace.

C'est un personnage dans le paysage de ma famille, elle y tient vraiment une place de Tante dans ma vie, pas juste d'amie de mes parents.